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Vailland et Chessex

Mis en ligne le 19/10/2009

Quel rapport entre Jacques Chessex, écrivain suisse qui vient de mourir le 9 octobre 2009, et Roger Vailland ?

Chessex a utilisé nommément Roger Vailland comme personnage de roman, dans son livre L’Éternel sentit une odeur agréable paru en 2004 chez Grasset. Il le décrit comme un libertin qui a initié et perverti le narrateur dans sa jeunesse. Livre étrange que l’éditeur qualifie de « mi farce drôlatique, mi tragédie des sens »… « On peut penser ce que l’on veut de Vailland écrivain, mais c’était un styliste, et le charme de ses textes ne s’est pas totalement évaporé avec le temps », écrit Daniel Rondeau dans l’Express 1 lors de la parution du livre.

« Comme personnage, il existait. D’une certaine façon, c’était même une figure française exemplaire. Communiste et aristocrate, moraliste et libertin, Ancien Régime et moderne, classique et anticonformiste. Une figure assez libre, au fond, et disparue depuis que le communisme est mort et que la mode est à un libertinage de masse qu’on appelle échangisme. Chessex esquisse son portrait, sans vraiment l’approcher. Par contrechamps et petites touches, détachées, froides, assez pures. L’ombre de Vailland se détache de la glace noire du temps et vient habiter le récit. »

Le même roman de Chessex est également évoqué par Alain (Georges) Leduc, dans son ouvrage biographique Un homme encombrant - Roger Vailland (1907-1965), 2 p 67-68 :

« Mais attardons-nous un peu sur Jacques Chessex... Citoyen suisse, c’est un (presque) voisin. Il est de culture protestante et la quasi-totalité de ses livres ont une connotation ou un titre chrétien, comme L’économie du ciel, un court récit, cristallin, ou La confession du pasteur Burg. Mais voici L’Éternel sentit une odeur agréable. On y voit, en 1960, dans le Jura, deux adolescents être pervertis par Roger Vailland, qui apparaît nominativement dans le roman. Entre le jeune garçon et le vieux jouisseur se noue une amitié. Une gosse va tomber dans leurs rets. (…) Jacques Chessex situe cela l’été 60, au moment de La Fête. On y chercherait en vain quelque chose contre Roger. » (Par contre, Chessex se déchaîne contre Elisabeth Vailland, qu’il appelle « la vipère ».)

Dans son ensemble, « l’œuvre de Jacques Chessex (né en 1934) tire l’essentiel de sa dramaturgie et de sa thématique d’un scénario existentiel marqué par le suicide du père, évoqué et réinterprété à d’innombrables reprises, à la fois comme une sombre nue zénithale et un horizon personnel dégagé, un poids de culpabilité et une mission compensatoire, une relation particulière avec la mort et un appel à la transgression. » (Jean-Louis Kuffer)

1. Daniel Rondeau : La glace noire de Chessex, L’Express, 9 mars 2004

2. Editions de l’Harmattan, 2008

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