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Vailland-Manchette : une liaison dangereuse

Mis en ligne le 18/07/2008

Dans Nada, Manchette met en scène un héros nommé Epaulard. Celui-ci est le personnage-type de l’aventurier de gauche qui s’engage dans toutes les luttes internationales, de son temps, contre l’impérialisme. Cet homme d’action considère la littérature comme inutile, à l’exception des Ecrits intimes de Vailland. Ce livre est présenté comme son livre de chevet, celui dans lequel – on peut l’imaginer – il médite, se ressource, apprend à se former. Le livre Capital, au sens marxiste du terme, qui permet l’initiation à l’économie politique et au sens de l’Histoire ; un essai non pas théorique mais autobiographique, un récit de la gestation intellectuelle d’un individu. Epaulard, comme son nom l’indique – grand cétacé – est un animal politique dont la nature est l’attaque. Au physique, il est décrit comme un homme grand et sec, au profil d’oiseau de proie. En quelques mots, c’est le portrait exact de Roger Vailland. Il sera d’ailleurs interprété, dans la version cinématographique de Chabrol en 1974, par Maurice Garrel, dont la ressemblance avec Vailland est troublante, raison pour laquelle Garrel était déjà en 1968 le personnage de Marat dans le film Drôle de jeu de Pierre Kast.

Dès lors, la filiation entre Manchette et Vailland peut se lire à travers ces allusions significatives. Vailland comme modèle d’un certain type d’intellectuel de gauche suscitant des réactions de haine et d’amour. Dans son Journal, Manchette écrit en effet en janvier 1971 « R. V. fut un adolescent. Je déteste les adolescents – sales mômes – comme je déteste mon adolescence. » Le mythe de la maturité fut, certes, une préoccupation constante de Vailland. Il l’est aussi dans la pensée marxiste : la société parvenue à la maturité d’une société sans classe. Sûr que Manchette n’a pu non plus sortir de ce mythe ! Néanmoins, à la lecture des romans de Manchette, on ne peut pas ne pas penser à une écriture limpide, ciselée, acérée, comme celle de Vailland.

Vailland est mort en 1965 ; après 1968, des filiations seront lisibles chez d’autres écrivains comme Jean Rolin dans L’Organisation ou Olivier Rolin dans Port-Soudan, pour exemples.

Nada, Jean-Patrick Manchette, Paris, Gallimard, 1972, collection « Série noire », n°1538, 183 pages : deux allusions aux pages 28 et 47. Une occurrence également dans L’affaire N’Gustro.

Marc Le Monnier

Voir aussi : Vailland vu par Manchette

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