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Témoignage : Roger Bordier

Mis en ligne le 23/08/2007

En 1995, trente ans après la mort de Vailland, une question a été posée à des intellectuels et/ou témoins de sa vie : "Que représente pour vous Roger Vailland ? Quelle est, ou quelle devrait être, selon vous, sa place dans la littérature et la culture d’aujourd’hui ?" Ces textes ont été publiés dans le numéro 3 des Cahiers Roger Vailland.

Si je m’interroge sur ce que représente pour moi Roger Vailland, je suis tenté de répondre : une certaine forme de revendication morale qui ne s’emprunte en rien aux normes habituelles de la moralité, si assommantes souvent dans la littérature française (entre Saint-Exupéry et Camus, si l’on veut) et quel que soit, certes, le talent individuel ou la valeur impressionnante de certains ouvrages. Mais enfin, il y a chez nous de ces auteurs exemplaires, toujours parés des vertus d’un humanisme abstrait et qui, de la sorte, dispense des engagements précis, actifs, généralement inconfortables, voire agressifs par nature.

Précisément, Roger Vailland, lui, n’est pas exemplaire : il a un regard trop aigu et des passions trop franches pour policer sa démarche. La matière qu’il aborde est celle d’une présence charnelle et sociale à remodeler sans cesse, non d’un signe emblématique préalablement figé. De ce fait, il prend des risques : le lisant, nous les prenons avec lui, et quelle que soit notre position critique. C’est cela qui me paraît le plus remarquable et je ne sais trop, au fond, s’il faut lui attribuer, ou lui souhaiter, une place quelconque. Ce fut au contraire un bousculeur de places : gardons-le dérangeant, c’est sans doute ainsi qu’il nous intéresse le plus et que nous le rencontrons le mieux.

Roger Bordier

© 2006–2007 Les Amis de Roger Vailland – Élizabeth Legros et Alain (Georges) Leduc, co-responsables de la rédaction.
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