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Mis en ligne le 23/08/2007
Si je m’interroge sur ce que représente pour moi Roger Vailland, je suis tenté de répondre : une certaine forme de revendication morale qui ne s’emprunte en rien aux normes habituelles de la moralité, si assommantes souvent dans la littérature française (entre Saint-Exupéry et Camus, si l’on veut) et quel que soit, certes, le talent individuel ou la valeur impressionnante de certains ouvrages. Mais enfin, il y a chez nous de ces auteurs exemplaires, toujours parés des vertus d’un humanisme abstrait et qui, de la sorte, dispense des engagements précis, actifs, généralement inconfortables, voire agressifs par nature.
Précisément, Roger Vailland, lui, n’est pas exemplaire : il a un regard trop aigu et des passions trop franches pour policer sa démarche. La matière qu’il aborde est celle d’une présence charnelle et sociale à remodeler sans cesse, non d’un signe emblématique préalablement figé. De ce fait, il prend des risques : le lisant, nous les prenons avec lui, et quelle que soit notre position critique. C’est cela qui me paraît le plus remarquable et je ne sais trop, au fond, s’il faut lui attribuer, ou lui souhaiter, une place quelconque. Ce fut au contraire un bousculeur de places : gardons-le dérangeant, c’est sans doute ainsi qu’il nous intéresse le plus et que nous le rencontrons le mieux.
Roger Bordier