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Témoignage : François Nourrissier

Mis en ligne le 23/08/2007

En 1995, trente ans après la mort de Vailland, une question a été posée à des intellectuels et/ou témoins de sa vie : "Que représente pour vous Roger Vailland ? Quelle est, ou quelle devrait être, selon vous, sa place dans la littérature et la culture d’aujourd’hui ?" Ces textes ont été publiés dans le numéro 3 des Cahiers Roger Vailland.

Roger Vailland est un écrivain que j’ai lu et apprécié dès Drôle de Jeu. Plus tard il est devenu, sinon un ami, au moins un homme avec qui j’ai entretenu des relations cordiales et attentives, d’autant plus aisément que nous avions plusieurs amis communs. J’ai eu l’occasion d’écrire à plusieurs reprises sur ses livres, toujours avec estime et plaisir. Mais votre question, j’imagine, concerne plutôt la situation actuelle de Vailland, et ce que j’en pense.

Il me semble qu’il y a pour l’instant désaffection. La relative indifférence qui a entouré la récente biographie de Vailland, pourtant passionnante, le confirme. D’où vient cette indifférence ? D’abord, de ce que Vailland est à la mauvaise distance. Ensuite du désintérêt qui, pour l’instant, affecte les débats auxquels il a été mêlé. Etre devenu communiste, puis avoir cessé de l’être : les lecteurs de vingt ans ne se passionnent plus pour ces cas de conscience. Quelles sont donc les chances de Roger Vailland du point de vue du rayonnement posthume ?

Sa principale chance, je crois, réside dans la qualité de son style, la netteté de sa démarche, dans quelque chose de maigre et bref qui caractérise ses textes, fussent-ils "démodés" par le contenu des débats qu’ils formulent. La manière de Vailland n’a pas vieilli : ce réalisme rapide, cette clarté didactique. On me rétorquera que le souci didactique appliqué à des idées fausses n’est pas un gage de durée. Je répondrai que chez Vailland, outre qu’il s’est échappé du cercle des idées fausses, la qualité de la dialectique et le style des analyses n’ont pas forcément souffert des errements des choix idéologiques. Il n’a pas été seul dans ce cas parmi les hommes de sa génération !...

François Nourissier de l’Académie Goncourt

© 2006–2007 Les Amis de Roger Vailland – Élizabeth Legros et Alain (Georges) Leduc, co-responsables de la rédaction.
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