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Roger Vailland, respectable ?

Mis en ligne le 04/12/2006

L’un des méfaits de la mort est de rendre respectables ceux qu’elle frappe. L’écrivain disparu cesse de provoquer des polémiques pour susciter des études froides et lisses - polies - comme le marbre. Même Roger Vailland, une fois mort, est devenu respectable. C’est la pire chose qui pouvait lui arriver.

Ne nous laissons pas abuser par les épitaphes hypocrites. Il a été drogué, alcoolique et stalinien. Il aimait les bordels et les grosses voitures de sport. Il n’avait même pas l’alibi de faire des « expériences », comme ces intellectuels prudents qui partent à l’aventure avec le billet de retour dans leur poche. Roger Vailland partait chaque fois sans retour et, s’il en revenait quand même, c’était brisé, « comme mort », écrit-il.

Ne nous laissons pas prendre à ce regard qu’il voulait « froid » : c’était celui d’un homme d’excès et de rigueur. Homme d’excès jusqu’à rêver de se bâtir « un pavillon des plaisirs ». Homme de rigueur jusqu’à projeter de tout abandonner pour aller vivre dans une HLM de Nanterre, afin d’écrire un roman sur la classe ouvrière du début des années soixante.

Le matériau de Vailland, c’est la tragédie, les contradictions d’un homme dans la tragédie, les contradictions de son époque. Une époque qui n’en fut pas avare, de la veille de la Première Guerre mondiale à la fin du mythe Staline.

Il faut prendre le tout. En bloc. Que resterait-il d’une tragédie, d’une contradiction dont on ne retiendrait qu’un terme ? Comment cerner l’identité d’un homme qui a passé sa vie à se transformer en cherchant à transformer le monde ?

René Ballet, in Europe, 1988.

© 2006–2007 Les Amis de Roger Vailland – Élizabeth Legros et Alain (Georges) Leduc, co-responsables de la rédaction.
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