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Roger Vailland écrivain à la marge

Mis en ligne le 06/11/2006

Intervention prononcée le 11 mai 1998 au Colloque International de l’Université d’Avignon et publiée dans le numéro 10 de décembre 1998 des Cahiers Roger-Vailland.

Il me faut tout d’abord avouer à quel point je suis intimidé de prendre la parole dans ce cadre prestigieux de l’Université d’Avignon et parmi tant d’illustres universitaires, moi qui suis incapable d’élaborer un texte bardé de références savantes ni de placer judicieusement des notes dans le bas de mes pages, faute de l’érudition nécessaire à leur justification. Je ne peux oublier qu’en 1946, lors du seul contact que j’aie jamais eu avec l’armée française, le gendarme remplissant ma fiche d’incorporation, avant même qu’on décidât que je n’étais décidément pas incorporable, me demanda quels étaient mes diplômes scolaires et je dus reconnaître que je n’en avais aucun, ni baccalauréat, ni même certificat d’études, alors le gendarme eut l’indulgence d’inscrire sur ma fiche : « Sait lire et écrire », appréciation que, cinquante ans plus tard, le petit romancier que je suis devenu ose encore tirer vanité car il est, somme toute, assez flatteur qu’une autorité officielle reconnaisse qu’il sait écrire à un écrivain toujours mineur bien que déjà d’un âge avancé. C’est également le vif sentiment de mes insuffisances qui m’a fait renoncer au titre que j’avais d’abord envisagé pour cette intervention : Roger Vailland ou le Pèlerin. Comment aurais-je su, avec l’urgence nécessaire, lever le malentendu qu’il n’aurait pas manqué de provoquer faute de savoir établir tout de suite que c’était au film de Chaplin que je faisais allusion avec ce Pèlerin ?

Chaplin tourne Le Pèlerin en 1923. Il a trente-quatre ans et il est, comme l’écrit Louis Deluc, « aussi célèbre que Napoléon et Sarah Bernardt réunis. » La First National lui a fait un pont d’or et c’est le neuvième et dernier film qu’il tourne pour elle avant de se lancer, avec Mary Pickford, Douglas Fairbanks et Griffith, dans l’aventure de la United Artists Corporation. Ses films sont maintenant plus longs (Le Pèlerin dure une heure), plus structurés, la gravité s’y mêle au rire, la satire à la poésie, le vrai Chaplin se dégage lentement de la chrysalide “court métrage, tarte à la crème” du temps de Mack Sennett. Le film, qui raconte l’histoire d’un évadé de prison déguisé en clergyman, pris pour un vrai pasteur par un bedeau distrait et un peu ivrogne, s’en prend violemment à l’hypocrisie et à la médiocrité de la middle class américaine qui lui fera chèrement payer cette impertinence quelques années plus tard en déchaînant un scandale où faillit sombrer sa carrière (comme avait sombré peu avant celle du malheureux Fatty Arbucle) à l’occasion de son divorce avec Lita Grey, nymphette qui, à l’âge de seize ans et deux mois, l’avait piégé au mariage et, réclamant un million de dollars, lui reprochait maintenant tous les crimes de la terre, dont la cruauté mentale qui consistait à la contraindre à la fellation – mais tous les gens mariés font cela ! protestait Chaplin. Les Surréalistes prirent vigoureusement parti pour le génial cinéaste et pour la fellation et si, malgré ce que je viens de dire, j’osais déposer une note au bas de ma prose, je pourrais préciser que c’était dans un long article intitulé “Hands off love” publié dans le numéro 9-10 de La Révolution Surréaliste du 1er octobre 1927, au moment même où paraît le premier numéro du Grand Jeu.

Vous voyez qu’en dépit des apparences, je ne me suis guère éloigné de Roger Vailland, surtout si je souligne qu’on peut reconnaître, dans la dernière séquence du film, une assez juste encore qu’involontaire métaphore de Roger Vailland lui-même : Charlot a été arrêté par le shérif qui va le reconduire en prison mais, alors qu’ils longent la frontière mexicaine, sans doute attendri par le pauvre bougre, le shérif l’incite à franchir la frontière sous prétexte d’aller cueillir des fleurs qui s’épanouissent sur le sol mexicain, alors que lui-même disparaît. Mais il n’y a pas que des fleurs au Mexique, il y a aussi des bandits qui s’expliquent à grands coups de pistolet. La prison d’un côté, la bagarre de l’autre, Charlot hésite. Les dernières images nous le montrent de dos, qui, son bouquet à la main, s’éloigne de sa démarche de canard, un pied au Mexique et l’autre aux États-Unis, incapable de choisir.

N’est-ce pas ainsi qu’on peut se représenter Roger Vailland ? s’éloignant de dos, un pied aux États-Unis de ce colonel Foster qui plaidera coupable et l’autre au Mexique où Antonin Artaud rencontrera la folie et où Arthur Cravan, professeur de culture physique à l’Académie athlétique de Mexico, se noya en 1920 pour avoir entrepris de traverser le golfe du Mexique en périssoire !

Pourtant les raisons de Vailland ne sont pas celle de Charlot qui hésite sans fin entre deux maux faute de pouvoir déterminer lequel risque d’être le pire alors que, systématiquement, Vailland, sans peut-être chercher le pire, voudrait conjuguer ces risques particuliers aux confins puisque c’est là que sont en contact deux pays, voire deux univers et que c’est aux frontières que surgissent les vrais événements. C’est sur les côtes, aux confins de l’océan et de la terre, qu’aboutissent tous ces objets mystérieux, façonnés d’abord par l’industrie des hommes et puis brisés et façonnés à nouveau par les forces du hasard, roulés par les vagues, arrondis par les galets, polis par le sable et qui surgissent soudain sur le rivage, comme la naissance d’une Vénus indéchiffrable. Un pied dans la mer et l’autre sur la plage, Vailland explore la marge blanche de l’écume dont les arabesques façonnent de précaires paysages fantastiques, des monstres en permanence défaits et reconstitués, des scènes magiques dont les personnages ne cessent de s’étreindre et de se déprendre, alors qu’en même temps, sur le sable gorgé d’eau où les jette chaque vague, les grandes mains des algues arrachées aux profondeurs tracent des dessins éphémères, aussitôt que formés effacés par la vague suivante. Les marges sont blanches dans les livres et on peut y griffonner au crayon, toujours facile à effacer, ce qu’inspire le texte imprimé et intangible qu’elles entourent, comme étaient blanches, sur les atlas du début du siècle, ces grandes taches au cœur des continents, qui marquaient les zones non explorées et où nous pouvions dessiner en imagination les paysages de nos rêves.

Le mouvement permanent de Roger Vailland vers les marches des régions habitées ou vers la marge, la double marge blanche entre les deux pages d’un livre ouvert, vient-il d’une démarche volontaire de l’écrivain ou est-il le fruit de circonstances accidentelles, de je ne sais trop quel destin ou quelle fatalité génétique ? Sans doute pourrait-on gloser à l’infini sur cette terreur incoercible des autres qui s’empare de lui, à l’âge de six ans, quand il lui faut entrer à “la grande école” et qui force ses parents à l’en retirer alors qu’il vient tout juste d’y poser le pied, comme il le raconte lui-même, non sans complaisance, dans ses Écrits intimes. Un psychanalyste pourrait sûrement s’intéresser à ces quatre années dans la vie de Roger, entre sept et onze ans, où le père était absent de la maison pour cause de Grande Guerre et pendant lesquelles le petit garçon fit fonction de chef de famille. Pourtant le retour du soldat ne fut marqué d’aucune opposition grave entre père et fils et rien ne dépassa jamais le niveau d’un très extraordinairement ordinaire conflit de générations. Quand Roger annonce qu’il veut devenir écrivain, son père ne se récrie pas et n’oppose aucun veto, se contentant de lui recommander d’envisager une carrière de professeur qui ne gênerait pas sa vocation d’écrivain. Sa révolte adolescente trouvera à s’exprimer d’une manière tout à fait classique, par la création d’une sorte de société secrète comme savent en inventer les lycéens, avec ses rites, ses mots de passe, ses pseudonymes et ses secrets de polichinelle, “les phrères simplistes”, seulement un peu corsée par la découverte et la lecture au premier degré sinon simpliste d’Arthur Rimbaud et de son “dérèglement de tous les sens”, notablement accentué par les opportunités qu’offraient les années folles de l’après-guerre, l’alcool, l’opium et le sexe, comme l’expriment bien les lignes provocatrices qu’il écrit beaucoup plus tard dans ses “Écrits intimes” : « De la puberté à la dix-huitième année, extrême timidité… masturbations fréquentes…  » Il n’y a rien là de marginal, rien qu’un phénomène de mode.

Mais tout cela n’est qu’anecdote, à l’usage de biographes américains. Le fond du problème ne se situerait-il pas plutôt dans l’époque elle-même qui accouche dans les convulsions d’un monde nouveau à une telle vitesse que, à quelques années près, on n’est plus de la même génération. Vailland et ses amis ont fait la guerre sur les bancs de l’école alors que les jeunes gens qu’ils admirent et qu’ils aspirent à rejoindre l’ont faite dans les tranchées. Ils n’ont pas dix ans de différence, les uns pourraient être les grands frères des autres, pourtant leurs expériences n’ont rien de comparable, la frontière entre eux est quasiment infranchissable. Impossible pour Roger Vailland de la parcourir un pied dans l’avant-guerre et l’autre dans l’après-guerre, d’où, par exemple, les rapports compliqués d’attirance-répulsion qu’il entretiendra toujours avec Aragon qu’il hait d’amour et qui le lui rend bien, représentant emblématique de ce surréalisme après lequel il court et qu’il fuit en même temps.

Les choses sérieuses commencent quand Roger Vailland devient pensionnaire à Louis-le-Grand où il prépare le concours de Normale Sup. Sa famille s’est installée à Antibes et il se trouve lâché en liberté surveillée dans Paris où il retrouve Daumal et Gilbert-Lecomte, les phrères simplistes du Lycée de Reims, avec qui il va entamer l’aventure du Grand Jeu. Et c’est tout de suite un premier incident : cette mauvaise scarlatine qui va le tenir enfermé pendant quarante jours à l’infirmerie du lycée Louis-le-Grand, à laquelle on pourrait donner une explication psychosomatique puisqu’elle l’éloignera quelque peu de ses amis et le fera renoncer sans déchirement au concours de Normale Sup, abandonnant ainsi une carrière d’enseignant qu’il avait acceptée sans enthousiasme. Son père lui coupe officiellement les vivres mais comme il loge chez sa grand-mère à qui ses parents versent une pension pour lui, il est assuré du vivre et du couvert avec, en plus, un peu d’argent de poches percées que lui fait parvenir sa mère par l’intermédiaire de “Mémé Vailland” pas forcément à l’insu du père. Pour acquérir l’indépendance matérielle que son père impose comme condition pour consentir à son projet de mariage avec Mimouchka, la charmante petite aventureuse dont il s’est entiché, il accepte une proposition d’aller s’installer pour quelques mois à Prague, dans la famille de son ami Weiner qui lui a décroché une bourse du gouvernement tchèque et lui a obtenu une chronique des livres français dans un journal littéraire de Prague, Rozpravy Aventina. Cet éloignement géographique va placer Roger Vailland un peu en marge du mouvement du Grand Jeu et lui permettre de prendre conscience de son éloignement philosophique avec ses deux amis dont la dérive mystique creuse de plus en plus ce qui les sépare, en dépit des liens serrés de la correspondance qu’il entretient avec eux. C’est sans doute ce qui explique que Rolland de Renéville puisse écrire, en 1952, dans sa préface au Mont Analogue de René Daumal (Gallimard édit.) : « En 1928 René Daumal (qui avait alors vingt ans), Roger Gilbert-Lecomte et moi-même, fondâmes à Paris une revue éphémère intitulée Le Grand Jeu. » Voilà Vailland passé par profits et pertes. Il est vrai que sa contribution au Grand Jeu est assez discrète puisqu’elle se limite à quelques textes critiques dans les deux premiers numéros (1927 et 1928) à l’exception de tout poème, sans doute parce que Gilbert-Lecomte avait émis un jugement sévère sur ceux que son ami lui avait montrés. De plus, délibérément, pour marquer ses distances avec les nouvelles options de ses amis et dans l’espoir que son silence permettra que s’estompent leurs divergences qu’il n’ose pas aborder franchement, il ne participera ni au numéro 3 (1929) ni au numéro 4 qui, bien qu’il soit prêt ne paraîtra jamais.

Toutefois, quand les phrères chercheront à se rapprocher des Surréalistes, commençant à savoir pratiquer le grand écart par dessus les frontières, Vailland sera à leurs côtés alors qu’il sait que les intégristes surréalistes ne manqueront pas de l’attaquer sur sa collaboration récente à des journaux de la bourgeoisie. Il participera avec ses amis à la bouffonne et mélodramatique réunion du 11 mars 1929 au Bar du Château, convoquée par les Surréalistes et où doivent être communiquées les réponses au questionnaire qu’ils ont envoyé dans le but proclamé de rassembler les intellectuels révolutionnaires. Il s’agit, en fait, d’un de ces traquenards dont les surréalistes ont le secret pour provoquer psychodrames ou exécutions sommaires et qui permettent à André Breton de jouer avec délice les Torquemada de bistro. Roger Vailland, Daumal et Gilbert-Lecomte en prendront plein la gueule. Un long compte rendu signé André Breton et Louis Aragon : Le Surréalisme en 1929, Publié par Variété en juin 1929, où ils manient avec la mauvaise foi et la virtuosité qui leur sont coutumières l’insulte et le mépris à l’encontre de ces petits jeunots du Grand Jeu, conclut par ces amabilités : « …Nous ne nous acharnons à démasquer des individus d’un aspect si inoffensif que parce que nous savons que c’est sous cet aspect que se présente la graine de zigoto qui, à la faveur de quelques petits travaux littéraires, trouvent toujours à en imposer pendant un temps plus ou moins court […] Le métier d’intellectuel s’exerce avec une telle impunité qu’il est inutile d’attendre, pour les signaler à l’attention publique, que les petits garçons inoffensifs soient devenus des hommes respectés, qui apporteront au service de ce que nous haïssons les ressources d’une longue pratique confusionnelle et l’art de faire le beau devant les chiens. » Tout le monde ne peut pas vivre du commerce des tableaux des autres ; tout le monde ne peut pas vivre en vendant à des collectionneurs à la fortune durement acquise, je veux dire acquise avec dureté et aux dépens des autres – ses propres manuscrits plusieurs fois recopiés, chaque exemplaire comportant d’astucieuses variantes soigneusement répertoriées, car les grands esprits, le savez-vous ? vivent aussi de pain avec, de préférence, quelque chose par dessus.

Après cette exécution capitale, Vailland va connaître ce qui est sans doute la période la plus noire de sa vie et qui le fera recourir massivement aux expédients de son adolescence : l’alcool, la drogue et les filles, une débauche sans grâce qu’il ne sait pas encore ornementer de libertinage. Il ne cherche plus à écrire, sauf qu’il écrit tout le temps, ignominieusement à ses yeux, pour gagner sa vie, dans Paris-Soir et dans Paris-Midi, du travail mercenaire de journaliste populaire, au plus triste sens du mot, ce qui est le contraire de son ambition d’enfance : les faits divers, les mondanités, les scandales, les reportages sans originalité, tout cela signé de son nom, comme s’il n’en avait plus rien à foutre de Roger Vailland. Par contre, il s’abrite sous le pseudonyme de Frédéric Roche pour publier dans Le Droit de vivre une série de reportages sur l’Italie ou la Belgique, d’une belle violence antifasciste. Une autre fois, sous le pseudonyme de Robert François, il donne à Détective un compte rendu de La Conspiration des ingénieurs où il évoque avec une ironie cinglante l’affaire de la Cagoule, qu’il minimise sans doute trop en la ridiculisant. Est-ce là du grand écart au-dessus d’une frontière ou du double jeu ?

“Jeu”, voilà lâché le mot de passe qui permet de circuler librement dans l’œuvre de Roger Vailland. Entre Le Grand Jeu de ses débuts et Drôle de jeu qui le fera enfin sortir de son adolescence tardive, il fallait bien qu’il y ait ce double jeu où il faillit se brûler les doigts, où il se les brûla sans doute un peu et en ressentit la délicieuse souffrance qui l’arracha à son indifférence du monde. On peut dire que c’est en 1942, à trente-cinq ans, que commence la vie d’adulte de Vailland. Jusque-là, en politique, comme il le dit lui-même, il a des opinions, il n’a pas de convictions. Il n’est qu’un amateur. Pareillement en littérature, s’il montre des dispositions et paraît même avoir un joli brin de plume, il n’est qu’un journaliste doué comme il y en a tant. Ce qui provoque la métamorphose, c’est son engagement dans la Résistance qu’il prend très au sérieux bien qu’elle reste à ses yeux un jeu, un drôle de jeu mortel auquel il se consacre avec une sincérité totale, comme peut être totalement sincère le comédien professionnel quand il joue un rôle. En littérature, en politique ou en amour, Vailland restera l’acteur de son propre rôle, inscrivant son personnage dans la marge de sa vie. Entendons-nous bien. Je ne dis pas que Vailland ait joué au résistant. Laissant le simulacre à d’autres qui surent, mieux que lui, en faire une carrière, il a été un véritable résistant, sérieux, responsable, prenant les risques les plus grands tout en cherchant à les limiter, en vrai professionnel. C’est en professionnel qu’il a joué la Résistance. Dans tous ses engagements d’après 1942, Vaillant n’a jamais fait semblant, ça n’a jamais été un faux truc ou un faux machin, un faux nez ou un faux cul. Quand il adhère au Parti Communiste, il devient un vrai communiste, appliquant les règles et suivant la discipline du Parti et puis, après les révélations du rapport Khrouchtchev et l’intervention soviétique à Budapest, parce qu’il estime qu’il ne lui est plus possible de jouer le communisme et que, s’il restait au Parti, c’est alors qu’il jouerait au communiste, ce qu’il n’a pas le goût de faire, il s’éloigne, discrètement, afin de ne pas nuire à ceux qui sont toujours ses camarades ni à une idée qu’il continue d’aimer. Jouer l’amour, sans jouer à l’amour, n’est-ce pas l’attitude du libertinage que Vailland a adoptée pour tous les actes de sa vie, y compris pour l’amour ? C’est pour lui manière de rester à la marge de lui-même, de conserver, jusqu’au cœur de l’action, une distance que d’autres trouvent dans l’humour ou la dérision qui sont élégances de la même famille, manière de ne pas être dupe, assurance, parfois fallacieuse, qu’on ne se laissera pas avoir.

Et puis, en 1965, quand Roger Vailland apprend qu’il a un cancer, il se rase la tête comme il se ferait à lui-même sa propre chimiothérapie et, de sa démarche familière, vous savez : un pied aux États-Unis et l’autre au Mexique, un pied à Paris-Soir et l’autre chez les surréalistes, un pied à la cellule et l’autre au boudoir, apprenant à chevaucher une nouvelle frontière, un pied dans la vie, un pied dans la mort, il s’éloigne discrètement comme après 1956, en nous tournant le dos, son bouquet de livres à la main, jusqu’à ce qu’il ne soit plus.

Bernard-G. Landry

© 2006–2007 Les Amis de Roger Vailland – Élizabeth Legros et Alain (Georges) Leduc, co-responsables de la rédaction.
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