Vous êtes ici : Accueil > L’homme > Les lieux de Vailland > Roger Vailland à Lyon

Roger Vailland à Lyon

Mis en ligne le 27/01/2019

Grand reporter et envoyé spécial de Paris-Soir, Roger Vailland suit la rédaction en zone Sud (l’éditeur, Jean Prouvost, l’ayant d’abord repliée sur Nantes en juin 1940, jusqu’au 18, puis vers Bordeaux). Il s’installe en juin 1942 au "château Marion", un peu à l’écart de Chavannes-sur-Reyssouze, près de Bourg-en-Bresse. En juillet, la rédaction se répartit entre Lyon, nouveau siège, et Marseille et Toulouse (directions « départementales » élargies). Paris-Soir reparaît à Paris, sous ce même titre, mais sous contrôle allemand. Le Paris-Soir « lyonnais » – historique – entre en résistance passive jusqu’au 11 novembre 1942, date à laquelle la zone « libre » est occupée. La rédaction reprend une sorte de guérilla éditoriale jusqu’au 25 mai 1943, date de son interdiction de publication. La plupart des journalistes prêtent alors leur concours à d’autres titres, ou rejoignent les maquis. Un grand nombre de titres français se sont repliés sur Lyon et il se recrée une communauté informelle de journalistes… Lesquels, comme ceux du journal local Le Nouvelliste, soutiennent activement le gouvernement de Vichy et la collaboration, d’autres, comme Le Progrès (qui se saborde en novembre 1942) et divers titres repliés, réduisent leur couverture politique au factuel, développant d’autres rubriques. Le journaliste délocalisé n’est pas forcément d’emblée hostile à la collaboration, mais nombre d’entre eux prennent progressivement leurs distances. Parmi les intellectuels, écrivains, s’étant installés à Lyon, on compte alors Aragon, Seghers, brièvement Saint-Exupéry, nombre d’autres, et notamment Roger Stéphane, Yéfime Zarjevski, Cocteau, Thierry Maulnier, ainsi que la plupart des collaborateurs de la revue Esprit. Roger Stéphane, résistant avec Léon Pierre-Quint et des membres de réseaux divers, estimera que Vailland « croyait appartenir à la gauche pacifique, et ne souhaitait donc pas que son pays cherche querelle à l’Allemagne, et il soutenait la terreur stalinienne qu’il estimait nécessaire. ». Sur ces deux plans, il évoluera.

Roger Vailland est alors héroïnomane (entre autres). Il réside au 67, cours Gambetta et fréquente Aragon, logé par René Tavernier, rue Chambovet. Début 1943, il entre en cure dans une clinique de Caluire-et-Cuire, puis tente de rejoindre la Résistance et le Parti communiste, par l’intermédiaire de Jacques-Francis Rolland et d’André Ullmann. Le PCF renâcle, les réseaux gaullistes sont moins regardants. Vailland sera donc traqué par la Gestapo, prendra du champ d’avec la métropole lyonnaise.

Ses livres localisent des personnages en ayant recours à des toponymes fictifs (Saint-Genis, Rambert, Étiamble…) évoquant le Lyonnais. Sur ce point, se reporter à « Roger Vailland, notes pour une lecture géographique » de Joël Pailhé (Travaux de l’Institut de géographie de Reims, nº 20, 1974). Il semble que Vailland ait fréquenté la société lyonnaise (notamment, il qualifiera son personnage, Valerio, de « grand banquier lyonnais, issu d’une illustre famille de juifs florentins »). Selon Jacques Bergier, Drôle de Jeu l’aurait évoqué. Jacques Bergier, ingénieur chimiste ashkénaze d’origine polonaise, du réseau lyonnais Marco Polo puis rescapé des camps, employa peut-être Vailland en tant qu’agent de liaison.

Il n’est pas sûr que Vailland, même après sa cure, ait totalement coupé les ponts avec la drogue et Lyon, lieu d’approvisionnement. Il se rend aussi à Pont-de-Vaux, alors qu’il est devenu « Marat » – plus précisément matricule RX 1500 – pour le Bureau central de renseignements et d’action gaulliste (BCRA), dirigé par « Passy » (André Dewavrin) depuis Londres et sur place par « La Ferté » (René Simonin). Localement, il est surtout en liaison avec le réseau Vélites-Thermopyles, structure « mixte » (gaullistes et autres) et il a rang – symbolique – de lieutenant. À Lyon, il se renseigne, sert de truchement entre agents, et surtout se ravitaille. Il travaillera ensuite essentiellement avec Daniel Cordier (qu’il peindra dans Drôle de jeu sous le pseudo de Caracalla), l’adjoint de Jean Moulin.

Il retrouvera Lyon fréquemment par la suite, sollicité notamment par l’antenne de l’ORTF, diverses connaissances, mais aussi, sans doute, pour consulter des praticiens hospitaliers. Ou retrouver, « Chez Marinette », en compagnie d’Élisabeth, « mademoiselle Dominique », pensionnaire d’une « madame Marthe » (une maquerelle), un soir de décembre 1961. Diverses localités de Rhône-Alpes, notamment dans le département de l’Ain, ont désormais nommé des rues, des établissements scolaires, un centre social, une bibliothèque, etc., du nom de l’écrivain. Les Amis de Roger Vailland et l’ENS Lyon ont organisé un colloque sur l’écrivain (23-25 mai 2007).

(Fiche établie par Jef Tombeur)

© 2006–2007 Les Amis de Roger Vailland – Élizabeth Legros et Alain (Georges) Leduc, co-responsables de la rédaction.
Conception : www.linuance.com