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Parution du numéro 24/25 des Cahiers Roger Vailland

Mis en ligne le 30/11/2011

Roger Nimier, Maurice Nadeau, Claude Roy, Roger Stéphane… Eugène Ionesco, Claude Mauriac, Antoine Blondin… jolie brochette d’auteurs… qui ont tous écrit, au milieu du 20e siècle, des articles critiques sur l’un ou l’autre des romans de Roger Vailland. Le numéro 24-25 des Cahiers Roger Vailland (daté juin 2006), rassemble sous le titre « Critiques des romans – Vailland et les lecteurs de son temps (1945-1955) » les articles parus sur les six premiers romans (si l’on fait abstraction du feuilleton La Visirova…) de Vailland : Drôle de Jeu, Les Mauvais Coups, Bon Pied Bon Œil, Un Jeune Homme Seul, Beau Masque et 325 000 francs. À raison de dix à quinze articles par titre, c’est un travail énorme que l’on doit à la patience et à la finesse d’analyse de Jean Sénégas 1.

Lorsque ces articles commencent à paraître, Vailland n’est pas encore l’auteur à succès et le « personnage à la mode » qu’il sera – brièvement – dans les années 60. Après La Loi, note Sénégas dans sa préface (p. 17), « le statut de Vailland, auréolé du Goncourt [NDLR : en 1957] est, au moins en apparence, radicalement modifié ». Ce succès aura ses contreparties.

En effet, la critique qui s’est imposée dans les années 60, selon l’approche des théoriciens du Nouveau Roman, « entoura Vailland d’un lourd silence ; elle l’excluait du champ littéraire – et cet ostracisme dure encore ; elle l’avait condamné à être un auteur ‘grand public’, un écrivain de ‘consommation’ : un has been. » On n’en finirait pas d’énumérer ce que les uns et les autres ont à reprocher à Roger Vailland : l’intelligentsia, d’avoir eu le Prix Goncourt devant Michel Butor ; la bourgeoisie, d’avoir été communiste (et en l’occurrence, peu de différence entre être et avoir été…) ; les communistes, d’avoir un style de vie ‘décadent’ et des mœurs libertines… Et du style tout court, aussi/surtout, un souci de la forme… Poète maudit non, mais écrivain mal aimé, sûrement.

Dans la décennie précédente, de livre en livre, Vailland cherche sa voie, sa forme d’écriture, sa parole d’écrivain. La critique dont ces Cahiers nous offrent un panorama aussi vaste que divers reflète cette démarche, même si souvent, pour elle, l’engagement politique de l’auteur prend le pas sur sa recherche formelle. Une lecture critique à l’aune de la logique politique qui « possède sa part de vérité » mais qui est aussi « passablement réductrice », comme le rappelle Jean Sénégas. Et surtout, s’agissant de Vailland, on ne saurait analyser le sujet du roman à part de son écriture, tant les préoccupations de forme et de fond sont chez lui indissociables – tout comme en amour il se refuse à séparer le corps de l’âme.

Maurice Nadeau, grand critique, grand éditeur, grand découvreur, avait vu clair dès le premier livre de Vailland quand il écrivait 2 : « Drôle de Jeu est un ouvrage qui dépasse les limites du roman traditionnel. Il est le produit d’un homme qui se place d’emblée dans la lignée des Laclos, des Diderot, des Stendhal, de ces esprits libres qui passent avant tout pour des moralistes parce qu’ils furent en lutte contre la morale de leur temps et annonciateurs d’une morale nouvelle ».

De cet esprit libre, tout reste à redécouvrir.

Elizabeth Legros

1. Un prochain numéro des Cahiers, annonce-t-il, doit sortir en 2008, reprenant les articles critiques parus sur les romans allant de La Loi à La Truite, et en proposant les premières synthèses.

2. Dans « Avant la distribution des prix », Gavroche, 29 novembre 1945

© 2006–2007 Les Amis de Roger Vailland – Élizabeth Legros et Alain (Georges) Leduc, co-responsables de la rédaction.
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