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Disparition de Jeannine Cordaillat

Mis en ligne le 20/06/2009

L’Humanité a annoncé le 11 juin le décès de Jeannine Cordaillat, amie de Roger Vailland depuis les années de la Résistance. Lien vers cet article.

René Ballet, à cette occasion, nous a adressé ce texte :

La dame du Grand Liaz ne descendra plus aux Rencontres

Les Amis de Roger Vailland viennent de perdre leur pionnière, car enfin les plus jeunes d’entre nous n’étaient pas encore nés que Jeannine Cordaillat était déjà l’amie de Roger Vailland. Pour les uns, c’était « Jeannine », la « copine » ; pour les autres, « Madame Cordaillat » mais, pour tous, c’était une « dame », avec le parfum aristocratique de ce terme. Et Jeannine avait effectivement suivi la filière de formation d’une nouvelle aristocratie. Une adolescence dans le bassin métallo-minier de Saint-Étienne, puis la résistance dans la Loire, le Rhône et l’Ain au gré des réseaux et de la répression, puis le parti communiste ; la « grande filière » comme d’autres le disent de l’ENA. Une riche école – Mes universités, disait Maxime Gorki – initiatrice à tous les sens du terme. Lors d’une Rencontre Roger Vailland à Bourg-en-Bresse, à un lycéen lui demandant : « Ce devait être dur la Résistance ? », Jeannine répondit : « Oui et non. Le danger, la peur de la torture, de la mort mais il y avait des compensations, une liberté anticipée ; on n’a jamais autant fait l’amour que pendant cette période. »

La route du Grand Liaz où habitait Jeannine au-dessus de Cormaranche, au cœur du plateau, était devenue un important nœud de communication (automobile et idéologique). Auraient pu s’y croiser les voitures de Jo Vareille, journaliste du journal de la Résistance, Les Allobroges, Roger Vailland – le libertin rouge, Henri Bourbon – le bolchevik et aussi celles des permanents de la « fédé » de Bourg-en-Bresse, de dirigeants nationaux du « parti ». Ces « hautes fréquentations », comme elle disait en se moquant d’elle-même, ne lui faisaient pas négliger le « travail de base ».

Il y a quelques mois encore, chaque matin, sitôt levée, Jeannine allait prendre un café au bistrot de Cormaranche en y lisant le quotidien local ; je vais « tenir ma permanence », disait-elle. On y venait de loin (géographiquement et politiquement) pour lui parler, lui poser des questions, demander une explication ou de l’aide. D’où que l’on vienne, de près ou de loin, de droite ou de gauche, ce n’était jamais en vain. Rentrée chez elle, Jeannine plongeait dans « sa soute », une grande pièce comble de livres, de brochures, de feuilles noires de notes sous le feu d’une radio qui crachotait en permanence et d’un téléphone qui crépitait en rafales avec, au milieu, un fastueux escalier en marbre de Carrare construit et offert par des « camarades » italiens.

Il n’y aura plus de « permanence » au bistrot de Cormaranche. De loin j’entends les regrets des habitués. « La dame du Grand Liaz n’allait jamais à la messe, soupire une vieille croyante, mais elle mériterait bien de monter tout droit au ciel. » « Elle ne se serait pas laissée balader, la Jeannine, corrige un camarade, elle savait bien que dieu ne lui aurait pas ouvert la porte. Le diable non plus. Il la savait trop proche des damnés de la terre… et d’ailleurs. Elle aurait fini par foutre la pagaille dans son affaire. »

René Ballet

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