Vous êtes ici : Accueil > Actualités > Autour de Vailland > Dans la vie des militants…

Dans la vie des militants…

Mis en ligne le 16/11/2010

Le 27 novembre 2010, Bourg-en-Bresse accueillera la XVIe rencontre des Amis de Roger Vailland, sur le thème "Direction - Bonheur" [1]. (Info transmise par la précieuse association lyonnaise L’Improbable). Si vous êtes dans le secteur, n’hésitez pas…

Je n’ai rien à ajouter à tout ce qui a pu être dit et écrit à propos de Roger Vailland, « libertin au regard froid » et, risquons le mot, tendre humaniste, - hédoniste en quête permanente, et risquée, des sens possibles de la vie, et homme debout, au service de grandes causes collectives (la Résistance, le Communisme…).

Rien à ajouter, sinon, et c’est le propre d’un blog, quelques souvenirs personnels à propos d’un homme que je n’ai jamais directement approché. Mais ces souvenirs me renvoient à des gens qui m’ont été très chers.

Mai 1952. Le gouvernement Pinay se couvre de ridicule en faisant arrêter Duclos et ses pigeons voyageurs (à destination de l’U.R.S.S of course). Dans la région toulonnaise, place forte militaire, où vit ma famille, ce sont des dizaines de militants communistes qui sont arrêtés, poursuivis, ou en cavale (ce fut le cas de mon père, alors maire de La Seyne), après la révélation du soi-disant « Complot de Toulon » (ces Rouges du Midi ne pouvaient qu’être au service de l’Étranger). Élève à l’école normale d’instituteurs d’Aix, je vois un inspecteur (pas d’académie mais de police) venir fouiller mon placard à la recherche de documents compromettants, sous l’œil indigné du directeur (indigné car le placard était tout sauf rangé).

Mais Vailland dans tout cela, me direz-vous ? Eh bien, pour notre noyau de normaliens engagés, Vailland n’était qu’un nom, mais quel nom ! Celui de l’auteur de la pièce Le Colonel Foster plaidera coupable, qu’il avait écrite peu après le déclenchement de la guerre de Corée, et qui venait d’être interdite par le préfet de police de Paris dès sa première représentation, en ce chaud mai 1952 [2].

Roger Vailland était alors pour nous cet inconnu prestigieux qui, au lendemain de l’interdiction, venait d’adresser à Jacques Duclos, emprisonné à la Santé, sa demande d’adhésion au Parti Communiste. Deux ans après, j’étais étudiant à Paris et je lisais Beau Masque (1954), qui m’enthousiasmait. Je ne pouvais pas en dire autant des militants, dont mon père, que je retrouvais quand je « descendais » à La Seyne, tant ils avaient du mal à articuler leur vie personnelle avec l’idéal du Militant qu’ils s’étaient forgé. Comment un communiste peut-il écrire pareil roman ? Et pourtant, Vailland traitait de femmes et d’hommes de chair et de cœur (l’inspiratrice de Beau Masque, la vaillante militante Janine Cordaillat, s’est éteinte il y a peu).

Fin 1956, ou début 1957, alors que Vailland avait pris ses distances avec le Parti au lendemain de l’intervention soviétique en Hongrie, mon père m’avait dit, sans autres commentaires, qu’il avait été envoyé par le Comité Central dans l’Ain pour traiter, entre autres, de ce problème (il était alors député communiste). Je n’ai su bien plus tard, en rencontrant, par le hasard d’autres itinéraires, des vétérans de cette époque, qu’il avait contribué à dédramatiser « les choses », comme on disait.

En 1957, j’étais nommé à Reims, et c’est alors moi qui avait beaucoup de mal à articuler ce que je découvrais de cette ville si bourgeoise et si ouvrière, et ce que je découvrais, par la lecture, de la prime jeunesse rémoise de Vailland, jeunesse anticonformiste tous azimuts, surréaliste et sportive ! D’autant que, dans ma boulimie de lecture, j’avalais alors avec bonheur tout ce que Vailland avait pu publier depuis la Libération. J’en découvrais toutes les facettes, pas toujours évidentes à relier. En 1960, après la publication du roman de la Soviétique Galina Nicolaëva, L’Ingénieur Bakhirev, j’avais la surprise d’entendre mon père revenir sur son jugement réservé à propos de Beau Masque, et me dire combien ces deux romans l’avaient aidé à y voir plus clair dans sa vie personnelle. Je n’ai pas tout de suite compris.

Je le comprends mieux maitenant quand je réalise qu’il n’avait que 47 ans, et que de la Résistance à cette année 60, sa vie de jeune adulte avait été corsetée mais dignifiée par les contraintes de la vie militante. Voilà. Il me reste à vous souhaiter bonne lecture de tout ce que vous pourrez trouver sous la signature de Roger Vailland.

René Merle

[1] Toutes les infos sur : www.roger-vailland.com

info@roger-vailland.com

[2] La pièce ne fut pas reprise, et le texte ne sera publié qu’en 1970 chez Grasset (épuisé).

(Texte paru sur le blog de René Merle le 13 novembre 2010)

Dans la même rubrique :

© 2006–2007 Les Amis de Roger Vailland – Élizabeth Legros et Alain (Georges) Leduc, co-responsables de la rédaction.
Conception : www.linuance.com