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HARDI LES CŒURS AU PROCHE-ORIENT !

Mis en ligne le 11/04/2016

Retour – un de plus – sur le Proche-Orient.

En mission en Égypte, l’été 1952, pour la publication « Défense de la Paix », présidée par Pierre Cot (1895-1977), dont on sait qu’il avait épousé à la perfection la défroque du plus parfait « crypto-communiste », Roger Vailland vit les pyramides ; songea rapidement à Champollion ; s’enthousiasma pour les splendeurs du Nil et releva la générosité des fellahs. Le roi Farouk (1920-1965), potentat soutenu jusqu’alors par les Occidentaux, venait d’être renversé et les Européens s’inquiétaient pour leurs intérêts, le canal de Suez surtout, vital pour leur économie. L’Égypte étant l’un des enjeux majeurs entre grandes puissances avec, en toile de fond, la stratégie des Soviétiques, qui cherchaient à en obtenir le contrôle. Vailland, analysant l’échiquier international, scruta les militaires fraîchement parvenus au pouvoir et découvrit aussi, dans cette « vallée fertile », la plus fructueuse du monde, un peuple de paysans les plus démunis de l’univers. (En Égypte, la location d’un âne à la journée coûtait alors plus cher que l’emploi d’un journalier.) Arrêté , Vailland fut des jours durant jeté sur le ciment nu d’une prison ou trimballé des chaînes aux mains et aux pieds sur la plate-forme arrière d’un camion... (Il s’en fera écho dans La Fête.)

« On parle de la violence du fleuve, a dit Jean-Luc Godard. Mais on ne parle jamais de la violence des berges qui l’enserrent... » Au Proche-Orient, la nouvelle vague de violence, parfois appelée Intifada des couteaux, expression désignant les graves incidents – manifestations avec jets de pierre ou de petits engins explosifs, répression au gaz lacrymogène et à balles en caoutchouc, assassinats ou tentatives d’assassinats d’Israéliens par armes à feu ou armes blanches, neutralisation des agresseurs palestiniens par les forces armées ou lynchage par des passants, tirs de roquettes et réponse aérienne israélienne, tirs à balles réelles sur des manifestants palestiniens opposés aux colonies, attaques palestiniennes à la voiture-bélier – qui oppose Palestiniens et Israéliens, est particulièrement meurtrière.

Il n’y a rien, en tout cas, sur les Palestiniens, dans La croisière de l’Eftalia – une sorte d’Exodus – suite de trois reportages décrivant une alya collective qu’effectua Roger Vailland pour Les Lettres françaises (1947).

Lors d’un premier voyage en Égypte, à cette occasion, Vailland en aura néanmoins profité pour effectuer un crochet en Palestine mandataire. La création de l’État d’Israël n’était plus alors qu’une question de semaines (1948). Un pays qui sera plutôt vu positivement, au début, de la part des communistes. Israël était alors perçu dans la sphère idéologique qui fut celle de l’auteur de Drôle de Jeu et de ses camarades comme un État progressiste, et le sionisme plus ou moins assimilé à une forme de gauche. Le jeune État s’avérant de surcroît utile aux yeux des Soviétiques, puisqu’il était censé permettre de brimer les « impérialistes anglo-saxons » : on en vit très vite de ce qu’il en advint. Si l’on en croit Élisabeth, Vailland associait les kibboutz aux structures de production collectives – type kolkhozes – des pays du « socialisme réel ». Ceci explique cela. D’ailleurs Lamballe – communiste – vend des taureaux à l’État d’Israël (Bon Pied Bon Œil, 1950.) On le voit, à la fin du roman, partir pour Haïfa, conclure un accord avec le ministère de l’Agriculture israélien, afin d’introduire des bovins de l’Aubrac dans les montagnes de Judée.

Ces nouvelles tensions entre Palestiniens et Israéliens accroissent le sentiment de peur réciproque. Un climat de psychose et de peur insaisissable sur laquelle se greffent la haine de l’autre et la tentation de se rendre justice soi-même. Ainsi, le pouvoir exécutif a-t-il constaté une explosion du chiffre d’affaires des armureries : les ventes d’armes défensives, tels les grenades lacrymogènes, les tasers ou les matraques sont à un niveau jamais atteint.

Ajoutons pour conclure que si l’Autorité palestinienne dénonce officiellement l’Intifada des couteaux, son président Mahmoud Abbas aura toutefois, le 3 février, rencontré les parents de plusieurs jeunes terroristes palestiniens qui ont assassiné des Israéliens et leur a promis de reconstruire les maisons des familles, que les troupes de sécurité israéliennes avaient démolies.

« Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche ! », en somme, selon cette phrase qu’aurait prononcée Philippe, quatrième fils du roi de France Jean II et de Bonne de Luxembourg, et futur Philippe le Hardi, le 19 septembre 1356 lors de la bataille de Poitiers.

Hardi les cœurs au Proche-Orient, il y a du boulot sur la planche !

Alain (Georges) Leduc, écrivain, prix Roger-Vailland 1991.

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